Considérer l'approche entrepreneuriale en dernier ressort

La remarque peut paraître étonnante; surtout quand elle vient de quelqu'un comme Jeff Hawkins - co-fondateur de Palm Computing, Handspring et plus récemment Numenta. Et pourtant, elle reflète une profonde connaissance de l'approche entrepreneuriale et des conditions éventuelles de son succès

Tout le monde sera d'accord pour dire que la voie entrepreneuriale est sans doute une des meilleures opportunités pour la réalisation de soi. Quand le succès est rendez-vous, il y a certainement beaucoup de vrai là-dedans. Même si le succès est mitigé, le sentiment d'indépendance contribue largement à l'atteinte de cet objectif. Mais là n'est pas le coeur de la valeur de l'entrepreneuriat.

L'approche entrepreneuriale est un moyen pour créer de la valeur pour l'ensemble de la communauté. La fameuse Destruction-Créatrice de Joseph Schumpeter est le coeur du processus. Plus récemment, l'Innnovation disruptive de Clayton Christensen indique quand le processus entrepreneurial a du sens : quand les grandes organisations ne sont pas capables de prendre en main le processus de développement.

Et quand Schumpeter et Christensen nous expliquent cela, ce n'est pas pour dire ce que croient trop d'aspirantd entrepreneurs, que les grosses organisations sont des gros dinosaures mal gérés. Bien au contraire, il faut se rendre compte que ces organisations regorgent de gens extrèmement brillants. Imaginez tous les premiers de la classe que nous avons connu au cours de notre scolarité; qui comprenaient tout, tout de suite; qui connaissaient des choses dont nous n'avions même pas conscience; et bien ceux-ci travaillent dans ces organisations, et plus particulièrement dans celles qui génèrent des masses de profits rendant tout projet facilement finançable.

La base d'une démarche entrepreneuriale ne peut donc pas être de penser que l'on est plus intelligent que cette masse de personnages brillants. Il n'est pas non plus de pré-supposer que la vitesse sera le moyen de prendre un marché à ces organisations. Imaginer la stratégie de prendre le foin d'un éléphant sous son nez en supposant que la vitesse est le seul problème : pas une stratégie très rationnelle à l'évidence et dont on pourra imaginer les effets négatifs facilement.

Comme le dit Jeff Hawkins, la démarche entrepreneuriale ne doit être envisagée que quand toutes les autres démarches s'avèrent impossibles. Il ne faut affronter tous les périls de la création d'une startup que lorsqu'il est évident que l'innovation que l'on veut rendre réelle ne peut pas être mise en place au sein d'une grande organisation. Toute autre approche ne peut s'avèrer qu'un gaspillage de temps et d'argent, pour l'entrepreneur, pour les investisseurs et surtout pour la communauté dans son ensemble.

Je ronge mon frein

Bon, là je dois avouer ne pas avoir eu le courage de répondre hier, j'ai bien fait, l'ami Jean-Michel l'a fait mieux que je ne l'aurais fait. Je vais juste alimenter la discussion d'un petit Slide qui est un peu hors sujet, mais pas tant que ça en fait :

(c'est la première partie qui est excellente, après c'est de la promo)
Unlocking Cool :
http://www.slideshare.net/trendhunter/unlocking-cool-by-jeremy-gutsche-t...

Cool j'ai une réaction de lvp

En fait, je ne pense pas que nous nous opposions sur le sujet. Les organisations ont des très mauvaises habitudes qu'il faut essayer de combattre en interne par de nouvelles méthodes pour rendre les organisations plus innovantes.

En fait, nous sommes tous un peu des schizophrènes multi-casquettes et cela me rappelle une conversation que j'ai eu dernièrement avec James Gardner en charge de l'innovation au sein d'une grande banque. Je lui expliquais qu'une partie de mon travail professionnel était de tuer les innovations en interne (heureusement, ma mission est progressivement en train de changer); pourquoi ? parce que toutes les innovations ne sont pas bonnes. Alors que dans mon activité extra-professionnelle (BarCampBank, P2PVenture,..) j'essaye plutôt avec mes petits moyens d'inciter l'innovation,...sur le marché.

Mon point est que les organisations et le marché sont a priori des creusets pour différents types d'innovations. Dans les organisations des innovations qui vont contribuer au modèle de l'entreprise et bénéficier d'un effet de levier énorme (ce que Christensen appelle "sustaining innovations"). Sur le marché, les innovations qui vont réarranger fondamentalment les ressources pour fonctionner sur de nouveaux business models ("disruptive innovations").

Donc j'aime bien la provocation de Jeff Hawkins. Si votre but est de créer une meilleur souricière, pourquoi ne pas commencer pas travailler dans une entreprise qui construit les anciens modèles.

Frédéric Baud
P2PVenture - FundCamp
http://fundcamp.org

Tu as vu l'intérêt pour

Tu as vu l'intérêt pour les grands groupes de l'innovation et des échecs potentiels dans le slide ? Tout est là.

J'avais raté ca ...

>La remarque peut paraître étonnante; surtout quand elle >vient de quelqu'un comme Jeff Hawkins - co-fondateur de Palm >Computing, Handspring et plus récemment Numenta.
Tout aussi surprenante que lorsque quelqu'un dit que le sucre est mauvais pour la santé et quand on connait le succès de Palm et d'Handspring ... le canada dry du secteur. (ca ressemble à une bonne idéee, ca a le gout d'une bonne idée, mais ....)

>Et pourtant, elle reflète une profonde connaissance de
>l'approche entrepreneuriale et des conditions éventuelles de
Tu parles Charles :-)
Et heureusement que c'est toi que j'aime bien qui écrit ca ... mais là, ca me force à sortir du bois.

>Tout le monde sera d'accord pour dire que la voie >entrepreneuriale est sans doute une des meilleures >opportunités pour la réalisation de soi.
Oui, si on considère qu'entreprendre (dans n'importe quel secteur, même dans un grand groupe), c'est prendre sa vie en main et devenir RESPONSABLE.

>La fameuse Destruction-Créatrice de Joseph Schumpeter est le >coeur du processus.
C'est un peu plus compliqué que cela et à ce que j'ai compris, Schumpeter a une vision partielle de la problématique, alors que d'autres civilisations sont beaucoup plus circonstanciées. Je pense aux Hindous par exemple qui vont reconnaitre trois "divinités" (je fais court, il est tard et je ne suis pas sûr de passionner tout le monde) ... qui incarnent :
- la création
- la stabilisation
- l'innovation de rupture (on va l'appeler comme cela), ou la destruction salvatrice / créatrice, alias Shiva.

Le Monsieur qui était anciennement responsable du programme Bison Futé au Ministère de l'environnement nous a un jour fait un parallèle TRES intéressant entre nos "jeunes" civilisations qui pensent tout savoir, incarnées par de grands groupes plein de "premiers de la classe" et nous disait qu'il y avait parfois un peu trop de "stabilisation" et pas assez de "shiva" ... alors que dans les startups, il y a peut être un excès inverse parfois ... et m'est d'avis que tout tourne autour de cette fameuse histoire de tri-partition ... relire à ce sujet l'avant dernier bouquin d'Attali, très instructif sur l'histoire et la tri-partition du monde.

>Plus récemment, l'Innnovation disruptive de Clayton >Christensen indique quand le processus entrepreneurial a du >sens : quand les grandes organisations ne sont pas capables >de prendre en main le processus de développement.
oui, l'excès de pouvoir "stabilisant" dans une grande organisation n'aide pas à la remise en cause et au doute. La culture des élites exclue le doute et l'intuition ... nous avons affaire à des gens qui veulent TOUT CONTROLER ... hors et on en revient toujours là ... nos pères étaient beaucoup plus sages (je pense à nos pères de plusieurs milliers d'années avant nous ...). Ils avaient bien compris que le but était d'atteindre la MAITRISE et que pour cela il fallait dépasser le CONTROLE ... (NDLR: c'est d'ailleurs ce que nous illustrons à titre professionnel dans un système "disruptif" de supervision du système d'information)
Mais ca, nos élites ne sont pas formées à le comprendre ou même l'imaginer.

>Et quand Schumpeter et Christensen nous expliquent cela, ce >n'est pas pour dire ce que croient trop d'aspirantd >entrepreneurs, que les grosses organisations sont des gros >dinosaures mal gérés.
Non bien sûr, mais j'ai l'impression que tu vois les entrepreneurs comme de jeunes cons qui veulent tout remettre en cause et trouver que les autres sont nuls .... Ne soit pas aussi extrème que certains dans l'autre sens ....

>Bien au contraire, il faut se rendre compte que ces >organisations regorgent de gens extrèmement brillants.
Tout à fait ... là n'est pas la question. Par contre :
- l'efficacité de l'intelligence collective est une question. Une somme de gens extrèmement brillant n'a jamais automatiquement fait un tout fantastiquement brillant. Et de nombreux entrepreneurs en sont la preuve vivante ... mais ils n'ont jamais réussi seuls, ils ont aussi monté une organisation, à leur image, différente et qui fonctionne.
- au delà de l'intelligence, il y a quelque chose et heureusement, sinon nous aurions une caste des "sachants" (élites de la nation) et une caste des "consommateurs", qui ont juste le droit de travailler, gagner un peu d'argent, mais pas trop pour ne pas s'émanciper et retrouver la liberté par le travail. En somme, des esclaves ...

>Imaginez tous les premiers de la classe que nous avons connu >au cours de notre scolarité; qui comprenaient tout, tout de >suite; qui connaissaient des choses dont nous n'avions même >pas conscience;
Yes, j'en ai connu plein ... pas un n'a créé une société connue et pas un n'a fait fortune avec leur cerveau et leurs mains ...

>et bien ceux-ci travaillent dans ces organisations, et plus >particulièrement dans celles qui génèrent des masses de >profits rendant tout projet facilement finançable.
heuuu ... je ne vais pas aller par là, sinon je vais parler de la Banque :-)

>La base d'une démarche entrepreneuriale ne peut donc pas
>être de penser que l'on est plus intelligent que cette masse
>de personnages brillants.
Oui et non ... la base d'une démarche entrepreneuriale n'est pas de se prétendre plus brillant que son voisin. Ceci dit, la masse endort et 1+ 1 fait bien souvent moins que 2. Je ne connais que très peu d'organisations qui arrivent à une efficacité de groupe étonnante ... généralement on parle même de mouvement brownien dans certaines organisations. (vous savez, le phénomène qui créé plus de chaleur que de mouvement). Je caricature, pas tant que cela en attendant bien moins que toi ... ou alors tu passes ton temps à rencontrer que des greugreu pseudo entrepreneurs ...

> Il n'est pas non plus de pré-supposer que la vitesse sera
>le moyen de prendre un marché à ces organisations.
Pourtant cela fonctionne ... et je l'ai vécu ... Comment expliquer sinon qu'à 200 personnes nous ayons fait "presque" aussi bien qu'une organisation d'élites, de 180.000 personnes.
Comment je l'explique ?
- en faisant plus vite (en décidant, comprenant, innovant, testant, mettant sur le marché ...)
- en faisant différent ... prétendre faire mieux que X polytechniciens est stupides. Par contre, savoir comment ils pensent et être déjà ailleurs pour passer entre les gouttes est beaucoup plus facile que d'essayer de calculer une intégrale plus vite qu'eux.
- en étant focus et passionné
- en ayant de la chance
Voilà les clés du succès entreprenarial. Ce n'est pas d'essayer de faire tout seul mieux qu'une grande organisation, c'est "repenser" le monde, réver un service / un produit et ne presque plus vivre que pour que cette démarche aboutisse.

>Imaginer la stratégie de prendre le foin d'un éléphant sous
>son nez en supposant que la vitesse est le seul problème :
>pas une stratégie très rationnelle à l'évidence et dont on
>pourra imaginer les effets négatifs facilement.
C'est pourtant possible. Et cela fonctionne. Mais en faire une généralité est stupide.

>Comme le dit Jeff Hawkins, la démarche entrepreneuriale ne
>doit être envisagée que quand toutes les autres démarches
>s'avèrent impossibles.
Comme disait Tatie Danielle, une célèbre philosophe Française ... "je ne le connais pas, mais je le déteste déjà". Ce genre de sentence est très pueril et pas très intéressant.
Si j'étais sympa, je dirais que c'est vrai ... hey les gars, ne venez pas essayer de faire quelque chose. Restez dans les grands groupes et mieux encore dans les SSII ... on aura moins de concurrence :-)
C'est cette phrase qui m'a fait "bondir" plus que tout. C'est totalement CRETIN. Autant que de dire que les grandes entreprises sont dirigées par des incapables.

>Il ne faut affronter tous les périls de la création d'une >startup que lorsqu'il est évident que l'innovation que l'on >veut rendre réelle ne peut pas être mise en place au sein >d'une grande organisation. Toute autre approche ne peut >s'avèrer qu'un gaspillage de temps et d'argent, pour >l'entrepreneur, pour les investisseurs et surtout pour la >communauté dans son ensemble.
Qui dit ca ? Toi ? ou le gars du dessus ?
Tu veux des contre exemples ?
J'en suis un, mais je peux t'en présenter de nombreux.
Pour ce qui est des plus connus :
Marc Simoncini en est un.
Xavier Niel en est un.
Thierry Ehrmann en est un.
...

Qu'est ce que c'est que cet éloge à la grande entreprise qui aurait seule le droit de faire et qui ne permettrait pas de tenter sa chance. La base de l'entrenariat, c'est de croire en l'homme, pas à l'organisation d'abord. L'organisation n'est qu'une construction temporaire, seul l'homme est permanent.
Bon, j'arrête là mais à mon avis, va falloir qu'on en parle.
Ou alors tu nous fait ca pour voir si le public de fundcamp réagit et là je suis TRES inquiet ... personne ne bouge une oreille. Ils sont tous anesthésié ?
Ca ne vaut pas la peine d'entreprendre alors ... vous êtes foutu !

Cool j'ai une réaction de jmplanche

salut jean-michel, merci pour la réaction :-)

Je pense que Jeff Hawkins voulait délibéremment être provocateur, et sans doute moi aussi un peu en ne reprenant que l'accroche de son discours.

Néanmoins, j'ai trouvé une vision des choses dans ces remarques qui font échos à de nombreuses questions que je me suis posées dans mon passé d'entrepreneur. Alors effectivement, j'étais un entrepreneur sans doute un peu jeune con, mais j'ai vieilli ;-)

Il existe et existera toujours des petites organisations qui viennent détrôner de grandes organisations viellissantes par une innovation que le gros aurait "dû" comprendre. Effectivement, les grosses organisations se sclérosent, deviennent arrogantes, et c'est le lot de la vie qu'elles disparaîssent.

On parle moins hélas de toutes les petites organisations qui ont été écrasées par un géant en mouvement (combien de jeunes entrepreneurs peuvent prétendre avoir été une victime de Microsoft...).

Ce qui est intéressant dans la notion de disruption de Christensen, c'est ces innovations où le géant en mouvement ne peut pas répondre à la nouveauté car cela va contre sa culture. Pensons là encore à Microsoft qui ne "pouvait" pas comprendre ce que faisait Google : du tout gratuit, avec de plus en plus d'outils,...mais comment je vais avoir mon quota de licenses pour payer ma troisième maison ?

Donc mon petit billet n'était bien sûr pas un appel à ne pas entreprendre :-) Mais plutôt à entreprendre en connaissance de cause. Certains voudront faire une innovation d'opération et battrent des gros qui se sclérosent. Si vous voulez battre un géant en pleine forme, il vaut mieux partir d'une innovation que vous le savez incapable d'adopter.

Frédéric Baud
P2PVenture - FundCamp
http://fundcamp.org

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